Si tu lis cet article, c’est sans doute parce que la retraite Vipassana t’intrigue. Peut-être que l’idée de 10 jours de silence, sans téléphone, sans distractions, avec plusieurs heures de méditation Vipassana par jour, te fascine autant qu’elle t’intimide. C’était exactement mon cas.
Après une année 2025 plus que mouvementée, marquée par de nombreux changements — quitter mon CDI, entamer une reconversion professionnelle, partir une première fois à Bali, puis y revenir trois mois plus tard pour m’y installer, mettre une relation de 14 ans en ‘pause’, j’avais envie de terminer l’année par une nouvelle sortie de zone de confort : participer à une retraite Vipassana à Bali.
Une pratique de méditation enseignée par S.N. Goenka, réputée pour être aussi profonde qu’intense sur le plan mental et émotionnel. Cette expérience m’attirait énormément : apprendre à observer mes pensées, apaiser mon esprit, et me rencontrer en profondeur.
Mais, je préfère être honnête dès le départ : je ne suis pas allée jusqu’au bout de la retraite et ce séjour fut court. Ce n’est pas simple à écrire, car on parle souvent de Vipassana comme d’une expérience de transformation totale, rarement sous l’angle de la difficulté, de l’angoisse ou de l’abandon.
Dans cet article, je te partage mon retour d’expérience sincère :
- le déroulement concret d’une retraite Vipassana, jour après jour
- ce que cette expérience a réveillé en moi, notamment autour de l’anxiété, du sommeil et du système nerveux
- les raisons pour lesquelles je ne recommanderais pas forcément de faire une Vipassana à Bali
- pour qui cette retraite peut être bénéfique… et pour qui elle peut être trop éprouvante
Mon intention n’est ni de décourager, ni d’idéaliser. Simplement de te proposer un témoignage authentique, pour que tu puisses faire ton propre choix, en conscience. Et même si je suis partie plus tôt que prévu, cette expérience m’a profondément marquée, au point de me donner envie, un jour, de me laisser une seconde chance, dans un autre contexte.
Si cette expérience t’intrigue et que tu veux voir où se trouvent les différents centres Vipassana à travers le monde, je te laisse le lien du site officiel.
Sommaire : Mon experience Vipassana
La petite touche d’humour
Avec le recul, je souris presque de certaines situations. Être sans distractions, c’est aussi ça : réaliser à quel point on remplit habituellement chaque vide… aux toilettes, c’est le retour en enfance : quand il n’y a plus aucune distraction, tu te surprends à lire l’étiquette du déodorant😂

Si tu veux mieux comprendre les raisons pour lesquelles je suis partie à Bali, j’en parle plus en détail dans cet article : partir à Bali, mon expérience vers plus de liberté. Et si le sujet des retraites t’intéresse, j’ai aussi partagé mon vécu lors d’une retraite très différente, beaucoup plus douce et contenante : ma retraite avec Bee You à Bali.
Une vérité que je préfère dire dès le début
Comme je l’ai expliqué plus haut, je ne suis pas restée très longtemps, à peine trois jours. Je t’avoue que j’ai ressenti beaucoup de déception en prenant cette décision, mais mon corps et mon mental ont été rattrapés par des crises de panique que je n’ai pas réussi à apaiser sur le moment.
L’angoisse et l’anxiété font partie de mon histoire, je le savais en arrivant. Je l’appréhendais, bien sûr, mais je pensais sincèrement qu’elle ne reviendrait pas aussi vite, ni avec autant d’intensité. Je me sentais capable d’affronter cette expérience, et j’y allais avec curiosité et envie.
Qu’est-ce qu’une retraite Vipassana ?
La Vipassana est une technique de méditation très ancienne, originaire de l’Inde, qui signifie littéralement « voir les choses telles qu’elles sont ». Elle a été transmise il y a plus de 2 500 ans et popularisée dans le monde moderne par S.N. Goenka.
Concrètement, une retraite Vipassana se déroule sur 10 jours en silence complet. Pendant toute la durée du séjour, les participants suivent un cadre très strict : pas de téléphone, pas de lecture, pas d’écriture, pas de musique, pas de contact visuel ou verbal avec les autres. L’objectif est simple, mais exigeant : se retrouver face à soi-même, sans aucune distraction extérieure.
Les journées sont rythmées par 8 à 10 heures de méditation par jour, avec un réveil très matinal (vers 4h du matin). Les trois premiers jours sont consacrés à une préparation de l’esprit, en se concentrant uniquement sur la respiration (au niveau du nez), une technique de base appelée Anapana. Ensuite on apprend progressivement la technique Vipassana à proprement parler.
La particularité de Vipassana, c’est qu’il ne s’agit ni de relaxation, ni de visualisation, ni de pensée positive. On y apprend à observer les sensations du corps, les émotions et les pensées, sans les fuir ni s’y attacher. L’idée est de comprendre, par l’expérience directe, comment fonctionnent nos réactions automatiques, nos conditionnements et nos souffrances.
Même si Vipassana est issue de la tradition bouddhiste, elle est enseignée comme une pratique universelle, non religieuse. Aucune croyance n’est demandée. Tout repose sur l’expérimentation personnelle : on ne croit pas, on observe.
C’est une expérience profondément introspective, qui peut être transformante, mais aussi très confrontante, surtout lorsque des peurs, des angoisses ou des émotions enfouies remontent à la surface.
Jour 0 – Arrivée à la retraite Vipassana de Bali
Je prends le transport recommandé par le centre depuis Canggu, direction la retraite. Deux heures de route au programme, trafic balinais oblige. Nous sommes plusieurs à partager le minibus, mais personne ne parle vraiment. Chacun est déjà un peu dans sa bulle. L’atmosphère est particulière, presque suspendue, comme si le silence commençait déjà à s’installer avant même l’arrivée.
J’arrive au centre, je m’enregistre, puis je laisse mon téléphone, en me disant que je ne le récupérerai que dans dix jours. Avant que l’expérience ne commence réellement, on dispose d’environ deux heures pour découvrir les lieux et échanger brièvement avec les autres participantes. Très vite, je tisse des liens avec deux d’entre elles. Pouvoir échanger avant d’entrer dans le silence me fait beaucoup de bien, comme une petite bulle de réconfort juste avant de plonger dans l’inconnu.
Pourquoi je ne recommande pas une retraite Vipassana à Bali
Très vite, je sens que le centre n’est pas idéal pour une retraite aussi intense. Le lieu est petit et surtout, il n’y a aucun espace vert pour marcher. Quand tu passes dix jours sans distraction, sans téléphone, sans stimulation extérieure, le décor compte énormément. Là, on fait vite le tour et ça devient étouffant.
L’ambiance est aussi assez austère. Dès mon arrivée, je remarque des panneaux vieux, rouillés, avec des toiles d’araignée. Ce sont des détails, mais mis bout à bout, ça joue sur l’état d’esprit.
Quand je découvre ma chambre, c’est un autre choc : pas très propre, beaucoup d’insectes, et clairement pas nettoyée avant mon arrivée. Juste avant de rentrer dans dix jours de silence et d’introspection, ça me déstabilise énormément. Bref, je fais avec. Je me dis que si d’autres l’ont fait avant moi, je peux le faire aussi, et qu’avec le temps, je finirai par m’y habituer.





Si tu prépares ton propre voyage, j’ai aussi rédigé un article plus pratique sur un circuit de 15 jours à Bali, avec mon itinéraire, mes conseils et les lieux qui m’ont le plus marquée.
Retraite Vipassana : les règles à suivre
Avant d’aller plus loin, j’ai envie de te partager les règles qui encadrent une retraite Vipassana.
Parce que c’est seulement en les lisant qu’on réalise vraiment dans quoi on s’engage.
Voici les règles à respecter :
- S’abstenir de tuer tout être vivant (ce qui signifie adopter une alimentation végétarienne).
- S’abstenir de voler.
- S’abstenir de toute activité sexuelle.
- S’abstenir de mentir.
- S’abstenir de consommer tout produit intoxicant comme l’alcool, les drogues ou la cigarette.
- S’abstenir de manger après midi (en réalité, seuls des fruits sont autorisés).
- Ne pratiquer aucune autre technique, rituel ou pratique spirituelle pendant les 10 jours.
- Respecter l’emploi du temps (réveil à 4h du matin, 8 sessions de méditation par jour, etc.).
- Respecter le « noble silence » (oui, aucun mot échangé pendant 10 jours).
- Respecter la séparation entre hommes et femmes.
- S’abstenir de tout contact physique et de toute activité physique (yoga, jogging, etc.).
- S’éloigner de toute forme de divertissement (pas de téléphone, livres, carnet, musique, jeux…).
Il est important de préciser que toutes les retraites Vipassana sont entièrement gratuites. Elles fonctionnent uniquement sur un système de dons. Chaque participant bénéficie de cette expérience grâce aux dons des anciens élèves. À la fin de la retraite, si tu estimes en avoir retiré quelque chose, tu es libre de faire un don pour les prochaines sessions, selon ton envie et tes moyens.
Déroulement de la première soirée
Avant de commencer officiellement, on mange tous ensemble. Et là, étonnamment, la nourriture est plutôt bonne et variée, je m’attendais vraiment à pire. On m’assigne ensuite ma place pour les repas des jours suivants, face à un mur.
Puis le silence commence, les règles sont expliquées… et l’expérience démarre vraiment.

Le soir, on commence par une courte méditation. Goenka nous explique que les trois premiers jours servent surtout de préparation à la Vipassana. Il, nous demande de porter notre attention à notre respiration, à l’air qui entre et sort par les narines. Plus précisément, on se concentre sur la petite zone entre le nez et le haut des lèvres, ce qu’il appelle le “triangle”.
Puis arrive la première nuit. Et c’est là que, pour moi, les choses commencent déjà à se compliquer. Je sens l’anxiété monter à l’idée de ne pas réussir à dormir. Ce n’est pas nouveau : j’ai développé, au fil du temps, une peur très ancrée autour du sommeil. Je le reconnais tout de suite : je rentre dans un cercle vicieux. Plus je pense au sommeil, plus je stresse… et plus il devient difficile de lâcher prise.
Ce soir-là, je prends un traitement pour apaiser mon anxiété. Avec le recul, je réalise surtout que je n’avais pas anticipé l’intensité de l’expérience : je n’avais prévu qu’une quantité limitée, alors que la retraite durait dix jours. Sur le moment, je minimise, mais c’est aussi là que je comprends que je ne suis peut-être pas entrée dans cette retraite avec toutes les ressources nécessaires.
Je précise aussi que c’est un traitement que je prends très rarement. Il m’arrive d’y avoir recours uniquement dans certaines situations bien précises : lorsque je change d’environnement, quand je voyage, ou quand je sais que je dois me lever très tôt le lendemain. Ce sont des moments où l’anticipation prend le dessus et où l’angoisse peut monter bien avant que la nuit n’arrive.
Jour 1 : Mon expérience
Le gong sonne à 4h du matin. Dès le réveil, je comprends donc que le sommeil va être l’un des grands défis de cette expérience. Je me lève quand même assez vite, je me prépare, et à 4h30 un nouveau gong retentit pour nous inviter à rejoindre la salle de méditation.
Contre toute attente, ces deux premières heures passent plutôt bien… et surtout assez vite. Je pense ne m’être réellement concentrée sur ma respiration que quelques minutes, mais d’après le prof c’est tout à fait normale. Le reste du temps, je somnole beaucoup. Mais d’une certaine façon, ça me donne l’impression que le temps file.
À 6h30, on se retrouve pour le petit-déjeuner. Je suis encore une fois agréablement surprise par la nourriture, à la fois bonne et variée. Je m’installe à ma place et je me mets a analyser chaque bouchée que je prends, chaque aliment dans mon assiette. Et là, un sentiment étrange m’envahit : j’ai l’impression d’être un peu prisonnière. Je réalise que ces dix jours risquent d’être bien plus éprouvants que ce que j’avais imaginé.
Après le petit-déjeuner, une courte pause est prévue. J’en profite pour retourner me reposer un peu dans ma chambre. À 8h, retour à la méditation. Cette session se passe plutôt bien et je me sens satisfaite de moi. J’arrive à me concentrer par moments, ce qui me rassure.
S’ensuivent deux heures de méditation libre, que l’on peut faire soit dans la salle, soit dans sa chambre. Je choisis de retourner dans la mienne. Je m’installe… et je finis par m’endormir au lieu de méditer.
À 11h, c’est déjà l’heure du déjeuner, le seul vrai repas de la journée. Une fois encore, je mange bien, et ce moment devient presque le plus réconfortant de la journée. Après chaque repas, chacun lave sa propre vaisselle.
Après avoir manger, je vais prendre un peu l’air dehors. Mais le centre est petit, et je fais très vite le tour. Il n’y a pas vraiment d’endroit pour s’aérer longtemps. Chaque jour à midi, il est possible d’échanger avec les enseignants pour partager son ressenti. Ce premier jour, je ne ressens pas le besoin d’y aller.
À 13h, on reprend la méditation dans la salle pour une heure et demie. La concentration devient plus difficile, mais par moments, j’arrive à me recentrer. Après une pause, une nouvelle session de méditation libre est proposée. Je retourne encore une fois dans ma chambre.
À 17h, c’est l’heure du goûter : quelques fruits et du thé. Ça fait du bien, et côté faim, je tiens étonnamment assez bien.
Le discours du soir de Goenka
La journée se termine par une avant dernière méditation à 18h, suivie du discours du soir de Goenka. C’est un moment que je trouve vraiment passionnant, presque apaisant.
Qui est Goenka ?
S. N. Goenka est l’enseignant dont on entend la voix tout au long de la retraite Vipassana. Il n’est pas physiquement présent, il est décédé en 2013, mais sa présence est pourtant centrale. Par ses discours enregistrés, il accompagne chaque étape de la retraite avec une pédagogie très claire, parfois exigeante, mais aussi profondément humaine.
Né en Birmanie, il a appris la méditation Vipassana auprès de son maître Sayagyi U Ba Khin, avant de consacrer sa vie à transmettre cette pratique dans le monde entier, dans un cadre laïque, accessible à tous, indépendamment de toute religion. Au fil des jours, sa voix devient un repère : elle explique, rassure, recadre, et met souvent des mots très justes sur ce que beaucoup vivent intérieurement, parfois avec une précision presque déroutante.
Ce que j’ai retenu de son discours de ma courte experience de Vipassana
Je te résume ici ce que j’ai retenu et que j’ai trouvé hyper intéressant.
Dans la vie, personne ne peut faire l’expérience à ta place. Tu peux lire tous les livres. Écouter tous les coachs. Suivre tous les mentors. Mais tant que tu ne vis pas les choses dans ton corps, tu ne te rencontreras jamais vraiment.
Les grands sages ne sont pas devenus sages parce qu’ils savaient. Ils le sont devenus parce qu’ils ont expérimenté. Quelqu’un peut t’expliquer le chemin du point A au point B, mais tant que tu ne l’as pas parcouru toi-même, tu ne sais pas vraiment.
La connaissance intellectuelle ne transforme pas. L’expérience, si. Et se rencontrer soi-même demande du courage. Parce que personne ne peut le faire à ta place
Vipassana n’est pas une religion. Et plus largement, Goenka insiste sur une chose essentielle :
Croire n’est pas expérimenter.
Dans la religion, dans la spiritualité, dans le développement personnel, on croit souvent parce qu’on nous a dit de croire. On adopte des idées, des concepts, des vérités… sans jamais les vérifier par nous-mêmes. Croire sans expérimenter ne libère pas. Tu peux croire en quelque chose toute ta vie. Mais tant que tu ne le vis pas dans ton corps, ce n’est qu’une idée.
Bref, ce discours a été une vraie valeur ajoutée pour moi, quelque chose que j’ai sincèrement aimé écouter. Suite à ça, on médite encore 45 minutes tous ensemble, puis on rejoint nos chambres pour la nuit.
Cette nuit-là, je dors asse rapidement. Mon sommeil n’est pas très réparateur, mais au réveil, je me sens heureuse : j’ai réussi à dormir sans prendre de médicament, mais pourtant je me sens KO. Presque immédiatement, une pensée s’installe… celle du soir à venir. Je me demande déjà si j’arriverai à dormir de nouveau.
Tu l’as compris, je commence doucement à entrer dans un cercle vicieux. Je pensais pouvoir composer avec, mais je vais rapidement me rendre compte qu’elle va créer une énorme tension en moi, surtout dans un cadre aussi intense et sans échappatoire.
Jour 2 : Mon expérience
Le réveil sonne à nouveau à 4h30. Dès ce deuxième jour, je remarque que certaines personnes choisissent de rester dormir. Peut-être que j’aurais dû faire pareil… mais je suis tellement anxieuse que il m’est impossible de continuer à essayer de dormir. Je me rends dans la salle de méditation. Les deux heures passent, un peu plus difficilement que la veille, mais ça reste gérable.
La journée se déroule ensuite à peu près comme la première. Pourtant, quelque chose change en moi. Je ressens une anxiété diffuse qui monte doucement. Le manque de sommeil commence à peser. Je me sens mal, comme déconnectée de mon corps. Tout me paraît plus sombre, les lumières moins nettes. J’ai quelques vertiges.
Et là, je réalise que je retrouve des sensations que j’avais déjà éprouvées plus jeune, que j’avais presque oublié. Je fais le lien entre mes angoisses liées au sommeil et mon passé. Peu à peu, des souvenirs remontent : des périodes d’insomnies, peut-être même plusieurs nuits blanches dont je n’ai plus tous les détails. Je me rappelle avoir consulté des ORL à cause de vertiges constants, et avoir même manqué l’école pendant plusieurs semaines, tant la fatigue était intense et envahissante…
Sur le moment, malgré la difficulté, je suis presque soulagée de me rappeler tout ça. Mettre des mots sur ce que je ressens m’aide à mieux comprendre d’où viennent ces angoisses, et à donner du sens à ce que je vis.
Retour brutal d’angoisses
Ce que je réalise surtout, c’est à quel point cette angoisse me gouverne. Je n’arrête pas de penser au soir, au moment où il faudra dormir. Ça va peut-être te paraître fou, mais j’ai cette peur intense de rester figée, de ne plus jamais réussir à dormir, comme si je perdais totalement le contrôle. Et évidemment, plus j’y pense, plus l’anxiété s’active.
Je fais alors un autre lien très clair avec ma phobie de claustrophobie. Cette peur profonde d’être bloquée, coincée, figée. En seulement deux jours de retraite, je comprends que c’est probablement cette peur-là que je suis en train d’affronter : la peur de ne plus pouvoir m’échapper. Et même si je sais que je suis ici pour faire face, l’absence totale de distractions, de paroles, de repères extérieurs ne fait qu’intensifier ce que je ressens.
J’attends presque avec impatience le discours du soir de Goenka. C’est une vraie respiration dans la journée. Le soir venu, après le discours, je retourne dans ma chambre, en sentant que je vais malheureusement devoir reprendre un médicament pour dormir.
Je finis par m’endormir, non sans difficulté. Mais au milieu de la nuit, je me réveille prise de panique. Impossible de me rendormir. Et quand je sais que le gong sonne à 4h du matin, ma panique s’amplifie.
Jour 3 : Mon expérience
Le gong sonne. Je me lève n’ayant presque pas dormi. Je suis KO, et quand je manque de sommeil, mon système nerveux s’active très vite, et je peux entrer dans une spirale infernale. Je me sens alors extrêmement mal, physiquement et mentalement.
Malgré tout, je fais avec. J’essaie d’y croire encore. Je médite quand même, et par moments, je ressens même une forme de gaieté. J’arrive à sentir les sensations au niveau de mon nez, ce qui est plutôt bon signe. Je me dis que, peut-être, ça commence à fonctionner.
Le basculement
Vers midi, tout bascule. Une crise de panique arrive d’une intensité. Je suis épuisée, et mon mental s’emballe. J’imagine le pire. Je décide alors d’aller voir l’enseignant pour lui parler de mon angoisse, même si, avec le recul, je réalise que le simple fait d’en parler l’a encore plus amplifiée.
Il me dit que je ne suis pas obligée de me lever à 4h, que je peux utiliser les pauses pour dormir. Sur le papier, ça semble rassurant. Mais mon système nerveux est déjà en état d’alerte. Dès que je sais qu’un moment est censé être consacré au repos, je n’y arrive plus. Malgré une fatigue immense, je ne parviens pas à dormir.
La spirale s’installe. Je commence à me dire que si je ne dors pas la journée, je vais forcément passer une nuit blanche. L’enseignant me dit alors quelque chose qui, sur le moment, va beaucoup me marquer : que si je ne dors pas, cela ne va pas m’aider, et que si la panique devient trop forte, je suis libre de partir.
Ce n’était absolument pas mon intention. Je ne voulais pas partir. Mais cette idée commence à tourner dans ma tête. Et plus le temps passe, plus l’angoisse monte, jusqu’au moment où je me dis : il faut que je parte. Alors qu’au fond de moi, je n’en ai pas envie. J’avais vraiment envie de vivre cette expérience jusqu’au bout.
La décision du départ
Vers 16h, je prends la décision de partir. Je retourne voir l’enseignant une dernière fois. Il me conseille de rester encore une nuit et de prendre ma décision le lendemain. Mais mon mental est déjà en train de s’emballer. Je me fais des films : une nuit blanche, devoir appeler quelqu’un en pleine nuit pour demander de l’aide, perdre totalement le contrôle…
Je décide alors de partir, précipitamment. Et honnêtement, ça me fait un choc. Je ne m’attendais pas du tout à partir si vite, ni à ce que tout cela soit déclenché par des scénarios imaginaires.
Ce qui rend la chose encore plus difficile à accepter, c’est que Goenka explique très bien ce processus dans ses discours. Il parle de ces zones d’ombre comme d’un feu que l’on vient éteindre. Au début, quand on jette de l’eau, les flammes deviennent plus grandes, plus intenses… avant de finir par s’éteindre. Il parle d’un nettoyage profond du mental, d’une purification progressive.
Un peu de douceur avant mon départ
Avant de partir, je tiens quand même à prévenir les deux filles avec qui j’avais échangé avant le début de la retraite. Je leur fais un petit geste pour leur faire comprendre que je m’en vais. L’une d’elles revient vers moi avec un bout de papier sur lequel elle a écrit son Instagram, puis me prend dans ses bras. L’autre décide même de briser le silence : on échange quelques mots en chuchotant, une vraie discussion, qui me fait beaucoup de bien.
Ces moments rendent mon départ beaucoup plus doux. Je suis profondément reconnaissante pour cette humanité, cette chaleur, juste au moment où j’en avais le plus besoin.
Ma déception
Je t’avoue que je me suis sentie très déçue de moi-même. J’ai vécu ça comme un échec. Je savais que l’anxiété ferait partie du chemin, que ce serait inconfortable. Mais je n’ai pas su en sortir. Et sur le moment, je n’avais pas envie de me faire davantage de mal.
Je me suis retrouvée face à une version de moi plus jeune, très vulnérable. Ces trois jours m’ont fait réaliser une chose essentielle : j’ai encore un vrai travail à faire sur mon rapport à l’anxiété, au contrôle, et au sommeil.
Mon experience Vipassana : et si c’était à refaire?
Je vais travailler là-dessus, parce que je sais une chose : je ne peux pas rester figée sur ce que je perçois aujourd’hui comme un échec. Cette expérience a mis en lumière une fragilité encore bien présente chez moi, et c’est justement là que se trouve mon prochain espace de guérison.
Je sais aussi, au fond de moi, que Vipassana est une pratique capable de transformer profondément. Ce n’est pas quelque chose que je rejette. Au contraire. J’aimerais, un jour, retenter l’expérience — mais différemment. Pas à Bali cette fois. Je prendrai le temps de mieux me renseigner, de comprendre les conditions, de demander conseil, et surtout d’y aller dans un espace intérieur plus sécurisant pour moi.
Même si j’ai quitté la retraite plus tôt que prévu, je ne peux pas dire que cette expérience a été inutile. Au contraire, elle m’a confrontée à des mécanismes très profonds, à des peurs anciennes que je pensais mieux apprivoisées.
C’est une expérience que recommande, sincèrement. Parce qu’on ne peut pas vraiment comprendre Vipassana tant qu’on ne l’a pas vécue. Chacun y rencontre ses propres résistances, à son propre rythme. De mon côté, je réalise simplement que je ne me suis pas laissé assez de temps, ni assez de douceur.


Merci pour ton partage, j’en avais déjà entendu parler plusieurs fois mais je savais pas réellement ce que c’était ni quoi ou comment.
Comme toi ca m’interesse, mais pas tout de suite, je ne suis pas prête.
Courage et bravo👏
Pss: c’est loin d’etre un échec, tu peux etre fière
Merci beaucoup pour ton message 🤍
Et tu mets exactement le doigt dessus : ce genre d’expérience arrive au bon moment… ou pas.
Ne pas être prête, c’est déjà une forme de lucidité et de respect de soi.
Merci pour ton soutien 🙂
Bonjour j’ai lu avec plaisir ton expérience Très intéressante et courageuse… je ne dirais pas que c’est un échec, c’est une prise de conscience du travail que tu dois encore accomplir …
Merci pour ce partage et bonne continuation dans ta recherche personnelle bravo 👏
Merci pour ton message.
Je suis d’accord : ca été une belle prise de conscience.
C’est justement en osant expérimenter que l’on affine sa conscience, ses limites et ses zones de croissance.
C’est là que le vrai travail commence. 🙂